Qui sommes-nous ?
Quinquagénaire, gaucher de main et parfois d'esprit. J'aborde cette étape de vie avec la modestie que m'impose mon handicap, en apprenant chaque jour à composer avec mes douleurs.
Ma pratique du silence n'est pas un refus de l'autre, mais une manière d'observer.
Je partage mon bureau avec Lola, chatte isabelle et développeuse autodidacte, spécialisée dans l'invention de raccourcis clavier inédits par pression de coussinets.
La genèse d'un naufrage : HospiFormations
L’illusion du premier souffle
Tout a commencé par un excès de zèle, ce péché originel en milieu hospitalier. Un simple fascicule sur les réactions chimiques, rédigé avec l’espoir naïf d’être utile à mes collègues. C’était ma manière de m'investir. Face à l’indifférence polie et au manque de soutien, j’ai vite compris la leçon : si l’on veut faire quelque chose, autant le faire seul. Un premier site internet a donc vu le jour pour décortiquer des protocoles, loin de la hiérarchie.
Le sourire du diable
On pense toujours que la vie se résume à de « bonnes vibrations », faire le plein de sa moto pour faire le vide dans sa tête, parcourir le monde...
On est vivant. On ignore les premiers signaux d’alarme : les douleurs. Puis, un matin, le rideau tombe. Le handicap s’invite avec la discrétion d'un prédateur et le sourire du diable.
On ne se lève plus. On ne vit plus ; on endure. Le corps, autrefois allié, devient une prison dont le seul langage est la douleur. Une douleur lancinante, comme un vent d'autan qui rend fou, que l'on cache sous un masque de normalité pour ne pas effrayer les « valides ». On apprend l’art de déplacer des curseurs invisibles pour simuler une existence, on a envie d'ouvrir la fenêtre pour juste pour avoir cinq minutes de répit...
La chimie de l’effacement
Vient ensuite le temps des molécules. Des journées rythmées par des cocktails chimiques aux effets aléatoires, conçus pour vous priver de votre esprit afin de vous faire oublier votre chair. Ces médicaments ne soignent pas : ils anesthésient la liberté, brident les neurones et vous transforment en spectateur de votre propre déchéance.
C'est ici qu’HospiFormations.com est devenu ma dernière barricade. Non pas un projet noble, mais une tentative désespérée d’exister encore, de prouver à mes synapses qu’elles n’étaient pas encore totalement dévastées. Travailler sur cette plateforme m'a permis d'ignorer les crampes, l'impossibilité de m'étirer et, surtout, les railleries de collègues pour qui un ASH qui souffre est au mieux une curiosité, au pire un poids mort.
Épilogue lucide
J'ai tenu mon poste jusqu'à l'effondrement physique final. Aujourd’hui, je n'ai aucune illusion : HospiFormations n’a pratiquement aucune chance de percer. Je n'ai ni la force, ni le réseau pour le défendre. Dans l'implacable machine hospitalière, je ne suis plus un ASH, ni même un homme, mais un simple « quota handicap » aux mille douleurs.
Et comme le veut la sagesse populaire de couloir : une douleur de perdue, 10 de retrouvées... Je reconnais ma chance.



